Dix-sept plus un


Date: Mai 2009

Sujet: un homme ivre-mort joue au golf avec un tank.


“16…”

La foule applaudit, admirative. En même temps, le paysage se brouillait par intermittences, comme si son cerveau avait calé, et tâchait de redémarrer en coups réguliers, sans succès.

“17…”

L’enthousiasme monta d’encore un cran, il y était presque. Il vacilla et manqua de tomber à la renverse. Ça faisait vraiment beaucoup. Il avait déjà doublé son record. S’accrochant à la table, il se jeta à l’eau, dans un ultime effort.

“18 !”

Il avait réussi ! Il sentait la fierté de ceux qui avaient placé leurs espoirs en lui. Enfin il jouait dans la cour des plus grands.

Mais 18 cocktails, dans d’aussi grands verres, c’était décidément trop. Il eut un hoquet, et tomba à la renverse, ivre mort.

Les environs étaient verdoyants : des collines herbeuses surplombaient une pelouse soigneusement entretenue qu’il survolait joyeusement. Ne contrôlant pas son vol, il s’aperçut qu’il se dirigeait vers un point précis : entre deux étangs parsemés de nénuphars, peint aux couleurs de camouflages, se trouvait un char d’assaut équipé d’un canon.

Sans savoir comment, il se retrouve soudain aux commandes, regardant le monde extérieur à travers une étroite fenêtre. Alors une voix féminine retentit dans sa tête.

“Vise bien le trou, surtout, tu n’as pas intérêt à le rater.

-Hein ? Mais de quoi tu parles.

-C’est le dix-huitième trou du parcours. Tu y es presque.”

Effectivement, devant lui se trouvait un drapeau, qui indiquait l’endroit où il devait envoyer la balle. Machinalement, il orienta le canon du tank sur sa cible, et tira.

La déflagration qui suivit pulvérisa le drapeau, ainsi que toute la pelouse à cinq mètres à la ronde, laissant un ample cratère à la place.

En y regardant bien, il y avait d’autres chars à côté du sien. D’autres golfeurs, sans doute. Seulement, ils paraissaient vouloir à tout prix se diriger dans la direction opposée au cratère. Des hommes apparaissaient aux écoutilles, et lui criaient quelque chose qu’il ne parvenait pas à entendre.

Alors seulement il le remarqua : à la place du dernier trou se trouvait un cocktail géant. Qui se dressait devant eux, menaçant. Alors seulement la voix lui répéta ce que les autres pilotes lui disaient.

“Il faut fuir ! C’est le monstre su Loch-Ness genevois !

-L’empereur, hein ?”

Ce qu’il ne fallait pas entendre. D’un habile coup de canon, il atteignit l’ennemi à sa base. Celui-ci trembla quelques secondes durant, avant d’exploser en une myriade de petits cocktails.

Alors un rire profond et menaçant retentit dans l’air.

“MOUHAHAHAHAHA, as-tu conscience de ce que tu viens de faire ?

-Rien à faire, répondit le concerné.

-Tu ne sais donc pas que tu es né un vingt-huit ?

-Euh… et alors ?

-Alors vingt-huit moins dix est égal à dix-huit !

-Wow…

-Et sais-tu que le nombre vingt-huit est entre le nombre vingt-sept et le nombre vingt-neuf ?

-Oui, ça je le savais.

-Et que vingt-sept moins neuf est égal à dix-huit ! De même que vingt-neuf moins onze est encore égal à dix-huit !”

Cette fois, l’homme était véritablement étonné, mais la voix reprit de plus belle.

“Tout ça pour dire que les cocktails aussi ont besoin d’amour. Bonne journée.”

L’homme se réveilla au milieu de ses amis, qui lui souriaient.

“Tu l’as fait ! C’était ton dix-huitième.

-Trêve de bavardage”, l’interrompit-il, “je me sens chaud pour un dix-neuvième !”

Fin

NB : la direction décline toute responsabilité en cas d’éventuel choc psychologique occasionné au lecteur.

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